Buzz à la loupe : comment Kris Janssens a remué la Belgique
Publié par Jean-Marc Hardy le 14 janvier 2011
En une semaine, une vidéo postée par un journaliste flamand, visionnée par des centaines de milliers de Belges, secoue la Belgique.
Replay :
Le 6 janvier, Kris Janssens, journaliste à la VRT dans sa vie professionnelle, poste, à titre personnel, une vidéo sur YouTube.

Le même jour, il relaie cette vidéo sur Facebook, à destination d'une centaine d'amis (donc un réseau très privé et limité).

La vidéo est spontanée mais éloquente, incisive, pleine d'humour pince-sans-rire, et chargée d'émotion (la saine colère).
Rapidement, le buzz circule.
Le 10 janvier, après le week-end, les télévisions belges francophones, la RTBF et RTL, relaient le coup de gueule.


Bizarrement, je ne trouve pas de trace de cette vidéo sur les sites web des télévisions flamandes (pas même à la VRT où Kris Janssens travaille).
Est-ce que je bute simplement sur des questions d'accessibilité à l'info et de moteur de recherche... ou bien le contenu de cette vidéo serait-il politiquement incorrect pour l'audience flamande ?

Le 11 janvier, la presse écrite francophone prend le relais (mais que vaut encore cette notion de télévision ou de presse écrite lorsque tous se bousculent sur Internet ?). Le Vif l'Express, d'abord, puis Le Soir, et enfin la DH, qui prend l'initiative de sous-titrer la vidéo. La Libre arrive deux jours plus tard.




Un petit détour vers les Tendances de recherches sur Google confirme un effet de buzz très récent et très marqué sur les termes "Kris Janssens". Donc un effet de popularité du journaliste à titre privé.

Que retenir de cette histoire ?
- Internet est définitivement un créateur de buzz.
- Ce buzz s'amplifie lorsque les médias classiques s'y joignent (médias sociaux + médias classiques = SuperBuzz).
- Les journalistes agissent à titre personnel, en parallèle avec leur "entreprise". Ce qui peut servir ou desservir la dite entreprise. En tout cas, cette histoire (et d'autres histoires récentes d'Internet) amène un questionnement sur la frontière entre agir à titre personnel ou agir au nom de l'entreprise pour laquelle on travaille.
- Le journaliste peut-il dire "Je" ? Le journaliste peut-il s'impliquer émotionnellement ? Peut-il exprimer autre chose qu'un copier-coller de l'agence AFP ou Belga ? Pourquoi pas, après tout, s'il documente sa démarche.
- Le réflexe de la DH de sous-titrer la vidéo flamande était un bon réflexe.
- Les journalistes de métier disposent, avec Internet, d'un bel outil de veille et d'analyse de la société. Je conseille aux médias professionnels de désigner des "veilleurs" et d'investir dans les compétences de veille. Par ailleurs de prendre du recul par rapport aux faits et apporter un éclairage et une plus-value journalistiques (l'article de La libre, par exemple, non seulement vient avec un cran de retard, mais n'apporte que très peu d'éclairage et de prise de recul).










