Interview sur les tablettes numériques

Je viens de répondre à une petite interview sur les tablettes numériques. Alors je partage avec vous ces quelques réflexions.

1. Comment définiriez-vous la tablette numérique ?

Je la définirais comme un support de lecture plat, électronique, transportable.


2. Considérez-vous cette technologie comme une révolution du monde numérique ou plutôt comme une évolution des moyens d’accès à la documentation ?

A mon sens, on peut parler de « révolution » à partir du moment où un produit, non seulement s’impose dans l’usage, mais remplace les produits précédents. Par exemple, le CD a été une révolution dans le monde de l’audio, car il est parvenu, en un temps limité, à renvoyer les cassettes audio au musée (vous vous souvenez, ces bobines à double enroulage qui emmêlaient parfois leur bande de lecture comme une guirlande froissée).

Pour la tablette numérique, c’est différent. Elle n’est pas prête de remplacer le papier, ni la télévision, ni le PC. Son intérêt est qu'elle se situe à la frontière entre ces médias.


3. Quels sont selon vous les avantages et les inconvénients de la tablette numérique ?

Les avantages ?

  • Un excellent intermédiaire entre la mobilité du papier et la puissance de l’électronique (un confort de lecture quasi comparable au papier, mais avec tous les avantages de l’électronique : accès à la toile, liens hypertextes, animations, vidéos, interaction,…).
  • Dématérialise l’information : fine tablette capable de transporter des ouvrages volumineux.
  • Accès très rapide à Internet (on ouvre un iPad beaucoup plus vite qu’un PC, pour vérifier une information quelconque).
  • Objet social (souvent utilisé dans le salon) : plusieurs personnes peuvent profiter d’une vidéo sur iPad, par exemple, comme autour d’une petite télévision.
  • Objet à la frontière des médias : papier, télévision, chaîne audio.

Les inconvénients ?

  • Plus efficace en mode lecture qu’en mode clavier / écriture.
  • Pas compatible avec tous les formats (mais ça va évoluer). L’iPad ne lit pas Flash, par exemple, pour le moment.
  • Peut casser.
  • Coûte relativement cher (et peut se voler).
  • Reste moins flexible que le papier (on ne plie pas un iPad dans sa poche).
  • La difficulté de lire à l’extérieur, à la lumière du soleil.
  • La nécessité de recharger l’appareil.


4. L’arrivée soudaine de la tablette numérique pourrait-elle conduire à son autodestruction ?

Je crois qu’il s’agit plus que d’un effet de mode. Par contre, je pense que les tablettes numériques vont évoluer. Par exemple vers des supports plus flexibles ou rétractiles (possibilité de « plier » l’objet).


5. Comment positionneriez-vous le monde de l’édition par rapport à celui du numérique ( au niveau technique, économique et socioculturel) ?

Je pense qu’à l’image des supports, les choses se rejoignent. La frontière est floue, désormais, entre papier, télévision, Internet,… La presse papier fait de la vidéo. La télévision produit de l’écrit. Nous n’avons pas encore trouvé toujours les meilleurs équilibres. Marier le texte et la vidéo n’est pas une chose évidente. Si vous parcourez les sites web des télévisions, vous constaterez que le texte et la vidéo cherchent leur place dans la page, pas toujours de manière évidente.

Je me demande si les tablettes numériques (beaucoup plus « papier », et avec moins de facilité pour « scroller ») ne vont pas nous ramener à des conceptions de contenus qu’on feuillette de la main et qui tiennent dans l'écran.


6. Comment voyez-vous l’avenir de cette technologie ?

Comme je disais plus haut : évolution vers des supports plus flexibles ou rétractiles (possibilité de « plier » l’objet). Meilleure compatibilité (Flash,…). Meilleure luminosité (même en extérieur). Davantage multimédia : caméra et micros intégrés.


Votre opinion m'intéresse. N'hésitez pas à faire débat en commentaires.

Le marché des CMS : toujours immature ?

Le débat ne date pas d'hier. Il avait nourri mes premiers articles sur ce blog, en 2006 :

Certes, la qualité des outils, tant du point de vue de leur ergonomie que de leur modularité, s'améliore incontestablement.

Certes, il semble que certains outils se démarquent.

Mais le marché reste complètement éclaté, comme en témoigne l'interminable liste des logiciels existants, dont vous ne voyez ici qu'un minuscule point de départ alphabétique :

Source : www.cmsmatrix.org


En tout cas, à mes yeux, on y est pas encore tout à fait. Les options restent trop nombreuses et dispersées. Et certaines fonctionnalités basiques (comme la vérification de l'orthographe) manquent à bien des outils, censés gérer du contenu.

Serait-ce précisément la connaissance des rouages éditoriaux qui manquent à certains développeurs aussi doués soient-ils ?

Au fait, quelqu'un possède-t-il des chiffres sur la ventilation du marché ?

Que pèse SharePoint ? Que pèse Joomla ? Etc.

Jimdo : le CMS en toute simplicité

Catégories : Technologie - Ergonomie - Outils

Des outils de gestion de contenu, j'en ai vu passer quelques dizaines. Et je suis toujours resté assez sceptique face à la lourdeur de ces machineries pourtant vendues pour simplifier la vie. Scepticisme que j'avais déjà exprimé ici et .

C'est pourquoi, quand j'ai découvert Jimdo, j'ai rapidement été séduit par l'extrême facilité de prise en main.

Je précise tout de suite que je n'ai aucune action chez Jimdo et reste totalement ouvert à la critique et aux comparaisons. Le marché des CMS évolue sans cesse, et je remercie les lecteurs qui prennent la peine de m'alerter de certaines nouveautés.

Ci-dessous, sur la page d'accueil de Jimdo, l'inscription se fait très rapidement. Uniquement sur base d'une adresse e-mail. Deux minutes plus tard, vous accédez à votre site personnalisable.

Ci-dessous, en un clic de souris, vous pouvez ajouter, supprimer ou déplacer différents objets : texte, image, tableau,... jusqu'aux vidéos YouTube et aux flux RSS que vous pouvez intégrer à vos pages avec une facilité déconcertante. Chaque petit morceau du site est directement éditable. L'effet des modifications est directement visible, sans qu'il ne faille passer par une rebutante architecture de fichiers.

Modifier le menu de navigation (deux à trois niveaux prévus) est un jeu d'enfant.

Et pour les besoins plus sophistiqués, vous gardez la possibilité d'introduire votre propre code HTML et vos propres feuilles de style.

Vous désirez créer un formulaire et archiver les informations qui vous sont envoyées par ce canal ? Pas de problème. C'est prévu.

Vous désirez créer une newsletter électronique ? Cela vous prendra 2 secondes d'insérer le formulaire d'inscription.

Vous désirez protéger l'accès à certaines zones du site, obtenir des statistiques de fréquentation ? Pas de souci. C'est prévu aussi.

Bien sûr, Jimdo ne répond pas à tous les besoins. Il ne propose pas de workflow de validation, ni de catégorisation dynamique des contenus. L'interactivité reste fort limitée (pas de comme commentaires, par exemple). La newsletter se contente du format texte. Manque aussi un moteur de recherche par mot clé. En clair, Jimdo conviendra mieux à une petite enseigne ou à une association culturelle qu'à une multinationale.

La version gratuite de Jimdo impose un nom de domaine générique et de la publicité. La version payante (mais très accessible : 5 euros par mois) vous permet de posséder votre propre nom de domaine ainsi qu'une gamme de fonctionnalités plus étendue.

Je pense que nous assistons ici à une nouvelle génération d'outils de gestion de contenu, réellement intuitifs.

Une séance eye-tracking qui confirme les grandes théories

J'ai assisté récemment à une séance de test de suivi du regard (eye-tracking) portant sur l'intranet d'une grande entreprise.

Pour des raisons de confidentialité, je ne peux vous dévoiler ni les prises d'écran ni les détails de ce test. Mais je tenais à exprimer avec quelle clarté les observations que nous avons pu faire confirment les grandes théories comportementales du Web :

1. Le "banner blindness" (traduisez : aveuglement face aux bannières) est une réalité. Les utilisateurs ignorent très largement le bandeau supérieur, sauf si ce dernier contient une fonctionnalité comme un moteur de recherche par mot clé.

2. La prédominance des gros titres. C'est eux qui récoltent prioritairement l'attention. Et de loin.

3. L'importance des premiers mots. Les utilisateurs ne lisent pas tout. Ils se contentent d'agripper les premiers mots.

4. Le fonctionnement de l'oeil par bonds rapides, parfois imprévisibles, avec des durées de fixation variables.

5. La prédominance du texte par rapport aux photographies. Du moins dans le contexte d'une recherche d'information (ce qui correspondait à notre scénario).

La plupart de nos observations auraient pu être réalisées avec un simple test utilisateur (observation et verbalisation), mais l'oculométrie nous offre un confort et un rendu très appréciables.

Pour en savoir plus sur le sujet, lisez cet article de redaction.be.

Les tests de suivi du regard : plus spectaculaires qu'utiles ?

Les études de suivi du regard (eye-tracking) vous en mettent plein la vue, si je peux me permettre ce très mauvais jeu de mot. D'une précision séduisante, elles apparaissent très attractives aux yeux de certains (gros) clients.

Cependant, l'utilité concrète de ces études est régulièrement remise en question. Surtout compte tenu de leur prix : il est difficile de trouver une offre inférieure à 12.000 euros sur le marché belge. Certaines sociétés facturent plus de 25.000 euros un test de quelques minutes effectué auprès d'une quinzaine de participants, là où un test classique vous coûterait peut-être 4.000 euros.

Finalement, la plupart du temps, ce qui compte, c'est ce que les utilisateurs font et pensent, bien plus que ce qu'ils regardent.

Tel a été mon sentiment jusqu'ici. Cependant, je dois bien avouer que, dans certains cas, les tests de suivi du regard peuvent se justifier.

Quelques exemples :

  1. Pour observer les comportements à une large échelle (comme les études de Poynter).
  2. Pour nous aider à positionner certains éléments (on demande aux utilisateurs de trouver le moteur de recherche, par exemple, et on enregistre les zones de l'écran où la plupart plongent instinctivement).
  3. Pour identifier les éléments qui ne sont pas vus (bannières, fonctionnalités,...).

La question que je me pose aujourd'hui (et que je vous pose, par la même occasion), est la suivante :

Dans quels cas, l'étude de suivi du regard apporte-elle une réelle valeur ajoutée par rapport à un test utilisateur standard qui n'enregistrait que les comportements de souris et les commentaires, mais pas le parcours de l'oeil ?

Ne vous reposez pas sur vos "solutions" !

Catégories : Technologie - Réflexions

Je n'aime pas le mot "solution" dès lors qu'il s'applique aux outils informatiques.

(Décidément, on dirait un billet du schtroumpf grognon ;-)

Un logiciel n'est pas une solution. C'est un moyen pour parvenir à ses fins.

Confondre les fins et les moyens est la meilleure manière, à mes yeux, de vous départir de votre responsabilité éditoriale ou managériale.

Non, un CMS (Content Management System) ne résout pas, de facto, toutes les questions liées à l'organisation des contenus dans votre entreprise, à la sélectivité éditoriale ou à la qualité de votre système d'information.

Non, un CRM (Customer Relationship Management) ne solutionne pas automatiquement la qualité de vos relations clients ni la pertinence de votre positionnement marketing.

Vous pensiez qu'une entreprise se dirige à l'aide de "wizards" ? Vous risquez d'être déçus.

C'est également l'avis de Gerry Mc Govern, qui interroge, dans son dernier billet : Does technology make managers lazy?. Traduisez : La technologie rendrait-elle les managers paresseux ?

Et de conclure sans ambages : "Software does not manage. People manage."

Généraliser la fonction RSS dans les moteurs de recherche

La fonction RSS associée aux moteurs de recherche me parait tellement intéressante qu'elle mérite de devenir un standard.

Le principe est simple : chaque fois que vous effectuez une recherche sur des mots clés, le moteur vous offre la possibilité de mémoriser cette recherche afin d'être alerté à chaque nouveauté sur ces mots clés.

Google Actualités propose cette fonction, mais pas Google Web. Technorati offre également cette possibilité (voir illustration ci-dessous). Ce qui serait intéressant, c'est que tous les éditeurs de sites web et de blogs greffent ce même service sur leur moteur de recherche interne.

Qu'est-ce que cela change ?

C'est toute la différence entre savoir :

  • Que dit untel ? et...
  • Que dit untel à tel sujet ?

Les possibilités, en termes de veille, sont multiples :

  1. Etre alerté chaque fois que vos concurrents parlent de votre entreprise
  2. Etre alerté chaque fois que le New York Times parle de Bruxelles
  3. Etre alerté chaque fois que votre nom est cité dans la presse
  4. Etre alerté chaque fois que Bush parle de "terrorisme"
  5. Etc.

Croisez cette fonctionnalité avec le moteur de recherche personnalisable Google Co-op et toutes les combinaisons sont permises. La veille devient un jeu d'enfant. Le press clipping, relégué à la préhistoire.

Alors ? A quand un flux RSS dynamiquement généré par tous les moteurs de recherche ?

Oculométrie

Catégories : A lire - Technologie

Le terme pourrait faire un tabac au jeu du dictionnaire.

Non, il ne s'agit pas de la mesure du culot, mais de l'enregistrement des mouvements de l'oeil. Traduisez : "eye-tracking" en Anglais.

A propos d'oculométrie, j'ai apprécié ce billet de Sébastien Billard : L'eye tracking du pauvre.

Une expérience amusante, à la portée de tous, pour découvrir que l'oeil fonctionne par bonds saccadés, et non de manière linéaire.

Votre CMS vous rend-t-il vraiment autonome ?

Il y a six mois, j'ai contribué à la conception et à l'écriture du site web d'une institution bruxelloise dont je tairai le nom.

J'ai été amené à opérer dans un contexte technologique que je n'avais pas choisi.

Pour rendre le client autonome, un CMS "maison" (traduisez : usine à gaz personnalisée) avait été conçu.

Dans un premier temps, nous avions choisi de former le management ainsi que les responsables du centre de documentation, personnes le plus naturellement amenées à communiquer vers l'extérieur.

De quelle pédagogie (traduisez : hypocrisie) n'ai-je pas dû faire preuve pour leur faire comprendre que :

  1. Les temps de réaction du système sont très lents.
  2. La fonction "preview" est quasi inaccessible.
  3. Il est impossible d'effectuer une recherche par mot clé au sein de cet "outil de gestion de contenu".
  4. Les bugs d'affichage sont aussi fréquents qu'irrationnels.
  5. Le code source est pollué.
  6. La fonction "undo" ne marche pas.
  7. Le copier-coller exige un détour par un traitement de texte externe.
  8. L'environnement est aussi convivial qu'une usine soviétique en reconversion.

Face à ce monstre, les contributeurs de contenu se sont crispés... et le site n'a pas bougé d'un iota depuis six mois.

Les informaticiens à la rescousse

Et voilà qu'hier, on me rappelle pour redonner la même formation... non plus aux responsables de la communication, mais aux informaticiens, cette fois, qui joueront les intermédiaires.

Un comble lorsqu'on sait qu'une des raisons d'être d'un CMS, c'est de permettre d'actualiser les contenus d'un site web sans connaissance technique poussée.

Et vous ? Votre CMS vous rend-t-il vraiment autonome ?

A quoi ressemblait une souris en 1964 ?

Catégories : Ergonomie - Technologie

En 1964...

Source : the Mouse site.


En 2006...

Source : techspot.com.


...Et on s'étonne que le comportement de l'internaute ait évolué ;-)