Encyclopédies électroniques : moins pédagogiques ?

Catégories : Réflexions

J'ai été interrogé, il y a peu, par Maryline Baumard, qui travaille pour le Monde de l'Education.

"Les enseignants du secondaire semblent penser que leurs élèves retiennent mieux ce qui est sur papier, structuré sur des pages de livre. Qu'en pensez-vous ?"

Voici ma réponse à chaud :

Certes, le papier a l’avantage du confort de lecture (on lit environ 25% plus lentement à l’écran), permet d’embrasser du regard davantage d’information (sur une double page A4, on dispose bien davantage d’informations que sur un écran) et permet l’intégration de photos de qualité (lourdes sur le web, et plus délicates à mixer).

Cependant, le média Internet possède des atouts non négligeables :

1. La variété des accès à l’information : recherche par mot clé, cartes interactives, ligne du temps,…
2. Les passerelles entre les contenus : navigation hypertexte entre les fiches de l’encyclopédie (intéressant pour la mémoire associative)
3. Le recours au multimédia (son, animation, vidéo), très utile pour représenter des mécanismes ou des ambiances et favorisant l’apprentissage (attractivité, mémoire visuelle, mémoire auditive)
4. Le fait que l’utilisateur soit actif (l’interactivité) favorise aussi la mémorisation (mémoire kinétique)
5. La possibilité de débattre les concepts à travers le partage de commentaires et autres espaces de discussion
6. La possibilité de mettre à jour rapidement l’encyclopédie
7. Les possibilités de folksonomie (classement de l’information en fonction de sa popularité)
8. La possibilité de personnaliser l’apprentissage (annotations digitales, signets, tags,…), ce qui le rend, à nouveau, plus efficace
9. L'intégration de l’encyclopédie dans un univers sémantique plus large (la toile, Google,…)



Vous voyez que les encyclopédies électroniques ont leurs avantages, non ?

Je ne crois pas qu’Internet joue « contre le papier ». Je ne crois pas que le Web va tuer le papier, qui garde son attrait et embellit toujours nos bibliothèques. Pour être moi-même enseignant, je ne sous-estime pas l'importance de l'échange humain dans l'apprentissage. Mais je pense qu’il est tout aussi naïf de ne pas entrevoir les immenses potentialités de l’encyclopédie en ligne. Y compris en termes d'efficacité pédagogique.

Et vous, votre mémoire, elle est digitale ou analogique ?

Les tests de suivi du regard : plus spectaculaires qu'utiles ?

Les études de suivi du regard (eye-tracking) vous en mettent plein la vue, si je peux me permettre ce très mauvais jeu de mot. D'une précision séduisante, elles apparaissent très attractives aux yeux de certains (gros) clients.

Cependant, l'utilité concrète de ces études est régulièrement remise en question. Surtout compte tenu de leur prix : il est difficile de trouver une offre inférieure à 12.000 euros sur le marché belge. Certaines sociétés facturent plus de 25.000 euros un test de quelques minutes effectué auprès d'une quinzaine de participants, là où un test classique vous coûterait peut-être 4.000 euros.

Finalement, la plupart du temps, ce qui compte, c'est ce que les utilisateurs font et pensent, bien plus que ce qu'ils regardent.

Tel a été mon sentiment jusqu'ici. Cependant, je dois bien avouer que, dans certains cas, les tests de suivi du regard peuvent se justifier.

Quelques exemples :

  1. Pour observer les comportements à une large échelle (comme les études de Poynter).
  2. Pour nous aider à positionner certains éléments (on demande aux utilisateurs de trouver le moteur de recherche, par exemple, et on enregistre les zones de l'écran où la plupart plongent instinctivement).
  3. Pour identifier les éléments qui ne sont pas vus (bannières, fonctionnalités,...).

La question que je me pose aujourd'hui (et que je vous pose, par la même occasion), est la suivante :

Dans quels cas, l'étude de suivi du regard apporte-elle une réelle valeur ajoutée par rapport à un test utilisateur standard qui n'enregistrait que les comportements de souris et les commentaires, mais pas le parcours de l'oeil ?

Statistiques web : Quel est votre indicateur fétiche ?

Catégories : Réflexions - Web marketing

Vous gérez un site d'information en ligne (pas un site de vente, le contexte et les enjeux sont différents). Pour mesurer au mieux votre succès, plusieurs indicateurs s'offrent à vous :

Les hits ? Très utilisés au début du Web, cet indicateur n'a pourtant pas beaucoup de sens. Il comptabilise tous les fichiers téléchargés sur le serveur (y compris toutes les petites images, les feuilles de style ou autres petits fichiers qui gravitent autour de la page HTML). En d'autres termes, une page qui contient de nombreuses petites images comptabilisera davantage de "hits", à chaque visite, qu'une page qui contient moins d'images.

Les visites ? Elles sont comptées chaque fois qu'un visiteur se connecte au site web. Un même visiteur peut se connecter plusieurs fois dans la même journée. Le problème est que certaines visites sont de nature un peu spéciale : elles sont effectuées par des robots (appelés "spiders") envoyés par les moteurs de recherche qui balayent le web en permanence.

Les visiteurs ? Ils sont comptabilisés au départ de l'adresse IP des ordinateurs qui se connectent au site web. Ce qui indique tout de suite la limite de cette mesure : plusieurs personnes peuvent utiliser un même ordinateur et, inversement, une même personne peut utiliser plusieurs ordinateurs (au travail et à la maison, par exemple).

Les pages vues ? Il s'agit du nombre de pages affichées. Ce qui donne une idée de la profondeur des visites.

La durée des visites ? Cet indicateur permet d'écarter les visites fugitives, très fréquentes sur le web, avec ces aller-retour au départ de Google. Oui mais, le fait qu'une page soit ouverte longtemps ne signifie pas automatiquement qu'elle soit lue. Et si le présumé visiteur est en train de parler à son collègue, de boire sa tasse de café ou de faire un tour aux toilettes ?

D'autres indicateurs ?

Bien sûr, le plus intéressant, c'est de croiser toutes ces données. Mais, parmi les indicateurs disponibles, si vous deviez en choisir un et un seul (pour communiquer votre succès, par exemple), lequel choisiriez-vous ?

Histoire sans fin

Je viens de lire un article de Frederic Rauss sur la rédaction web (6 pages, au format PDF). (1)

Beau travail de vulgarisation. Un document agréable à lire, qu'on ne peut que recommander aux webmasters techniques ou débutants qui désirent être conscientisés de l'importance à traiter correctement le contenu de leur site.

Cependant, je me permets d'exprimer une critique sur un point...

Le graphique ci-dessous m'a fait réagir, car il sous-entend qu'un site web a un début et une fin.

Source : Frédéric Rauss.

Je ne vois pas les choses de cette manière. L'idée d'une fin implique elle-même une logique linéaire et séquentielle. Or, les parcours sur un site web peuvent être multiples, avec plusieurs clés d'entrée et de sortie, souvent imprévisibles, comme le démontrent les tests utilisateurs. L'architecture d'un site internet tient plus d'une toile que d'un chemin de fer.

Certes, il y a la page d'accueil. Mais constitue-t-elle vraiment le début ? Dans le contexte des recherches par mot clé, combien de visites ne commencent-elles pas par une page intérieure ?

Quand à la fin d'un site web, elle est encore plus difficile à identifier. De nombreux points de sortie sont envisageables. Certains sites web transactionnels ont une fin (les fameux tunnels de conversion : remplir ses impôts en ligne, effectuer un achat,...). Mais dans ces cas-là, les pages profondes ne sont certainement pas moins "importantes" que les autres, comme semble le prétendre ce graphique à travers une conception un peu audacieuse de la pyramide inversée. Oserait-on dire que la cinquième page d'un processus d'achat, celle où l'utilisateur choisit d'appuyer sur le gros bouton rouge qui validera sa commande, celle qui consacre la "conversion" tant attendue du visiteur en client, est moins importante que les pages en amont ?!?

Certes, la navigation hypertexte peut permettre un approfondissement progressif de l'information. Certes, les accroches doivent aller droit à l'essentiel. Certes, la page d'accueil doit mettre en valeur l'information et les services prioritaires. Mais ce n'est pas pour cela que les pages profondes sont moins importantes. Dans un site informatif, elles peuvent, au contraire, constituer le plat principal (une fiche détaillée, un document officiel,...). Auquel cas elles ne doivent pas nécessairement jouer le rôle d'un cul de sac. Elles peuvent, à leur tour, ré-aiguiller vers des ressources connexes.

Il y aurait encore matière à dissertation sur cette notion de début et de fin dans un espace hypertexte. Reste qu'à mes yeux, un site web est souvent une histoire sans fin. Aussi bien du point de vue de son architecture que de son actualisation. Ce qui ne doit pas l'empêcher d'avoir des finalités.

Avez-vous déjà vu un site web qui conclut par "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants" ou "Fin du site web. Merci de votre attention" ?

A l'extrême, chaque page du site doit pouvoir constituer une fin ou un début. Le lien avec le lecteur doit être entretenu dans la durée. C'est pourquoi un élément "Contactez-nous" ou "Abonnez-vous à notre newsletter pour être tenu informé de l'évolution de cette matière" reste intéressant dans pratiquement chaque page.

The End


(1) Vous avez remarqué ma mesquinerie ? J'ai évité de placer le lien sur l'occurence "redaction web". Et oui, le référencement, c'est comme la pétanque. Et je ne vais tout de même pas chasser mes propres boules, non !