Pourquoi l'école nous prépare-t-elle mal au web ?

C'est le thème de la conférence que je donnerai au 5ème Forum des Technologies de l’Information et de la Communication, organisé par Campus numérique, le 22 avril prochain, à Charleroi.

Descriptif de mon intervention :

En un laps de temps très court (une dizaine d'années), Internet est rentré dans nos vies.

Internet est partout. Quelle que soit l'entreprise, publique, privée, grande, petite... vous allez y goûter.

Tous les métiers sont touchés : le marketing, la communication, la recherche, l'ingénierie, la formation, les ressources humaines, l'administration, la gestion de projet, le management,...

Chercher efficacement sur le réseau, publier efficacement, converser efficacement, sont des compétences devenues indispensables.

Chaque personne au sein d'une entreprise est désormais invitée à publier de l'information en ligne, ne serait-ce que sur l'intranet.

Mais publier sur le web demande du bon sens, et même plus. Les internautes font très vite le tri : une mauvaise page web est rapidement jetée aux oubliettes.

L'école nous donne-t-elle les clés du média ? C'est loin d'être sûr.

Bon, vous me direz, c'est très personnel. Mais moi, quand je suis en phase créative (oui, oui, ça m'arrive ;-), j'aime revenir au petit bout de papier et au crayon.

Rien ne me refroidit plus l'esprit qu'un logiciel trop propre. Vive le petit coin de journal où je griffonne, à une terrasse ou dans un wagon. Faire un brainstorming avec un logiciel de mind mapping, c'est comme enregistrer le bruit de la mer avec le micro de mon portable. Ca casse tout.

Oui, c'est vrai, les logiciels ont leurs arguments. On peut gommer sans crasse, on peut déplacer les items, les colorier, les rendre interactifs, les trier, les analyser, tout ce que vous voulez. Oui, c'est vrai, mais plus tard... dans un premier temps, je veux du brut, du tout cru, du jus de cerveau.

Avant :

Après

Merci Sandy quand même... au final, c'est un peu plus propre que mon dessin ;-)

Il y en a qui sont comme moi dans la salle ? Qui ont besoin de passer par le stade rustique ?

Le marché des CMS : toujours immature ?

Le débat ne date pas d'hier. Il avait nourri mes premiers articles sur ce blog, en 2006 :

Certes, la qualité des outils, tant du point de vue de leur ergonomie que de leur modularité, s'améliore incontestablement.

Certes, il semble que certains outils se démarquent.

Mais le marché reste complètement éclaté, comme en témoigne l'interminable liste des logiciels existants, dont vous ne voyez ici qu'un minuscule point de départ alphabétique :

Source : www.cmsmatrix.org


En tout cas, à mes yeux, on y est pas encore tout à fait. Les options restent trop nombreuses et dispersées. Et certaines fonctionnalités basiques (comme la vérification de l'orthographe) manquent à bien des outils, censés gérer du contenu.

Serait-ce précisément la connaissance des rouages éditoriaux qui manquent à certains développeurs aussi doués soient-ils ?

Au fait, quelqu'un possède-t-il des chiffres sur la ventilation du marché ?

Que pèse SharePoint ? Que pèse Joomla ? Etc.

Audit web multi-experts : le pour et le contre

Catégories : Réflexions

Il m'est arrivé quelques fois, cette année, de prendre part à des audits de sites web conduits par plus d'un expert.

A mon niveau, j'apprécie la démarche, car elle me sort de l'isolement fréquent du consultant.

Et qu'en est-il du point de vue du client ?

Les avantages :

  • Profiter de spécialités complémentaires (l'oeil d'un directeur graphique, l'oeil d'un typographe, l'oeil d'un ergonome, l'oeil d'un rédacteur, l'oeil d'un développeur, l'oeil d'un référenceur,...).
  • Balancer les opinions (à l'extrême, en opposant des points de vue contradictoires).
  • Gagner du temps dans la phase d'analyse, grâce à un travail en parallèle.

Les inconvénients :

  • Disperser les analyses et oublier de les croiser sous la forme de conclusions communes.
  • Devoir gérer le risque de doublon, de décalage de style ou de contradiction.
  • Gonfler le budget d'analyse.
  • Hypertrophier les analyses et produire des documents indigestes, dispersés et trop spécialisés.

Ce que je conseille :

  • Réunir les analyses dans un document commun, rigoureusement structuré.
  • Désigner un consultant principal, chargé de faire prendre la mayonnaise.
  • Assurer, si possible, une présence des différents intervenants lors de la présentation de l'audit au client.
  • Croiser les analyses, car la qualité d'un site web est interdépendante (le fond, la forme, la technique).
  • Déboucher sur des conseils non contradictoires, concrets, compréhensibles.

Et vous, vous en pensez quoi des audits multi-experts ?

Google Maps affiche (ou non) les commerces

Je vous parlais récemment de référencement géolocalisé, en évoquant les sélections d'entreprises affichées lors de recherches contenant le nom d'une ville.

Mais de plus en plus de commerces apparaissent également au travers de Google Maps.

Notez que, dans l'exemple ci-dessus, les tenanciers auraient intérêt à s'enregistrer, dans le Local Business Center de Google, comme "Restaurant Apocalypse", et non "Apocalypse" tout court. Et ce, afin de faire ressortir la nature de leur commerce.

Google renverra bientôt les pages d'or aux oubliettes (si ce n'est pas déjà fait), ainsi que la plupart des annuaires locaux.

L'empreinte de Google sur le paysage économique mondial apparaît de plus en plus sidérale. Faut-il s'en réjouir ou s'en inquiéter ?

Les entreprises ont, en tout cas, intérêt à maîtriser les clés de cette visibilité.

Source de l'image : motifake.com.

Un site web doit-il être beau ?

De nombreuses études nous le confirment: les aspects graphiques n'ont que peu d'influence sur le succès d'un site web à long terme. La qualité du contenu et la facilité de navigation au sein de ce contenu restent, en revanche, primordiales pour encourager les visiteurs à revenir.

Jetez donc un coup d'oeil sur les sites à stature mondiale, ces monstres de popularité que sont Google, Wikipedia, Amazon, Ebay,... Sont-ils des oeuvres d'art ? Sont-il obsédés d'élégance et de raffinement ? Certainement pas.

Un site laid comme un dindon déplumé peut parvenir à s'imposer comme une référence mondiale, en dépit du bon sens, par la simple force de son contenu, exclusif, pertinent et régulièrement actualisé.

Cela veut-il dire que l'esthétique n'a aucune importance ?

Non. Car la qualité de votre environnement graphique, lors du premier contact avec le visiteur, influence fortement la crédibilité de vos propos en ligne. Une étude menée par des chercheurs de l'Université d'Ottawa démontre que les internautes jugent un site web en 50 millisecondes. Dans ce laps de temps, ils n'ont évidemment pas l'occasion de lire quoi que ce soit... C'est l'environnement visuel qui détermine leur première impression. Le graphisme contribue également à la lisibilité de vos contenus.

Dans certains secteurs, comme l'automobile, la mode ou les produits de luxe, l'image de marque graphique garde énormément d'importance.

Un site trop faible sur le plan graphique peut nuire à l'image de marque de son producteur. Ségolène Royale, récemment chahutée dans les médias pour la piètre qualité de son nouveau site web, ne nous contredira pas. Vous lirez notamment l'article de l'Express : Nouvelle version du site de Désirs d'avenir : un fiasco à 41 000 euros.

Prise d'écran : www.desirsdavenir.org - 15 septembre 2009.

Parmi les signes d'amateurisme :

  • Une typographie avec grossier effet de relief
  • Un paysage extrait d'une banale collection de fonds d'écran
  • Des boutons translucides, disposés en vrac à gauche et à droite
  • Une palette de couleurs aléatoire
  • Des dissonances entre la page de garde et les pages intérieures
  • De nombreux liens cassés

Conclusion : Soignez votre contenu avant tout, mais ne l'emballez pas avec du papier ménage. Dans le doute, la sobriété paye.

Décentralisation de la communication : une tendance de fond

Infrabel, le Forem, la Poste, l'UNESCO, plusieurs Directions générales à la Commission européenne, la plupart des conseils généraux français,... tous participent au même mouvement : la décentralisation de la production des contenus. C'est vrai pour l'intranet en priorité, avec parfois près de 200 contributeurs de contenu potentiels. C'est vrai, dans une moindre mesure, pour les sites internet publics, alimentés par des équipes de plusieurs dizaines de personnes.

Les avantages de la décentralisation sont :

  • Une force éditoriale décuplée
  • Des rédacteurs plus proches de leurs matières "naturelles"
  • Une culture de la communication répartie à travers toute l'entreprise
  • Une écriture plus "opérationnelle" et moins "journalistique"

Cependant, ce processus a ses limites :

  • Ecrire est une chose. Ecrire efficacement en est une autre, qui nécessite d'acquérir les bons réflexes.
  • Communiquer est une tâche qu'on rajoute à toutes les autres tâches. Les employés concernés manquent parfois de temps pour alimenter le site intranet ou internet.
  • Si chacun écrit dans son coin, à sa manière, discordances et redondances ne tardent pas à apparaître. Une vision transversale ainsi que des règles communes restent souhaitables.
  • Lorsque chacun produit sans compter, le volume publié devient rapidement gigantesque. L'accès aux contenus et leur indexation deviennent délicats. Il est nécessaire que quelqu'un se préoccupe de nettoyage éditorial.
  • Communiquer, OK... mais quoi ? Une vision claire de l'entreprise permet de cerner plus facilement les informations dignes d'être communiquées.

Certaines conditions me semblent donc nécessaires pour que la décentralisation de la production de contenu fonctionne correctement :

  • La coordination éditoriale : Il est impératif de nommer un chef de projet qui puisse assurer une vision transversale des contenus. Avec un vrai pouvoir de coordination, utilisé pour garantir la cohérence de l'ensemble du système d'information.
  • La formation des contributeurs de contenu aux techniques d'écriture efficaces. Le coaching en est une variante : formation sur le terrain.
  • Les guidelines éditoriales : qui définissent les bonnes pratiques et établissent les conventions éditoriales propres à l'entreprise. Optez pour des guidelines concises et illustrées par l'exemple. Oubliez les bottins téléphoniques !
  • Le workflow doit être clairement défini, lui aussi : De quel budget-temps éditorial disposent les personnes impliquées ? Qui prend l'initiative d'un contenu ? Qui écrit ? Qui traduit ? Qui met en page ? Qui relit ? Qui valide ? Qui actualise ?
  • Une culture de la communication : Les réflexes de communication doivent être encouragés à travers les réunions et la vie de l'entreprise en général. L'attitude du management influence tout particulièrement la manière dont le projet internet / intranet est perçu.
  • Une stratégie éditoriale clairement définie : Si les cibles et les objectifs sont clairs, l'écriture gagne en efficacité.


Pour ceux qui l'ignorent, une grande partie de mon activité professionnelle consiste à accompagner les institutions et les entreprises dans ce processus de décentralisation de la production de contenus. En particulier à travers les missions suivantes :

  • Formations aux techniques d'écriture pour le web
  • Animation de workshops éditoriaux (avec l'ensemble des contributeurs de contenu)
  • Mise en place de guidelines éditoriales
  • Affinement de la stratégie éditoriale

Et vous, vous y croyez à la décentralisation de la production de contenu ?

Entreprises, faites l'inventaire de votre patrimoine web !

Il y a quelques mois, je vous parlais de ces entreprises qui naviguent dans le brouillard, en termes de gestion de site web.

Je faisais alors allusion à l'absence d'outils de mesure de succès dignes de ce nom, dans de nombreuses entreprises.

Mais la réalité est plus inquiétante encore : il semble que certaines sociétés ne naviguent pas dans le brouillard, mais dans le noir complet !

Sur deux projets de restructuration récents, mes clients (institutionnels que je ne dévoile pas ici) se sont avérés incapables de déterminer le nombre exact de pages web à prendre en considération. La marge d'erreur portait, tenez-vous bien, sur 2.000 à 3.000 pages.

Pire encore, deux autres de mes clients (privés bancaires, cette fois) n'étaient pas en mesure de déterminer le nombre de sites web que leur entreprise possèdent.

Bien sûr, je ne parle pas de l'épicier du coin. Je parle de multinationales et d'institutions internationales. Certaines banques se perdent parmi leurs avoirs virtuels :

  • site du groupe
  • sites de filiales, d'entités, de départements
  • sites locaux
  • sites d'agences
  • sites produits
  • sites événementiels
  • sites dédiés à des audiences spécifiques
  • sites sponsorisés ou co-sponsorisés

Le problème reste que chacun de ces sites, de qualité parfois très variable, véhicule l'image de la marque ou de l'institution.

Première action à conseiller avant même d'envisager toute stratégie de gestion ou restructuration : faire l'inventaire de l'existant.

J'en viens à accompagner mes clients dans cette démarche de relevé systématique de :

  • noms de domaine
  • éditeurs responsables
  • type de contenu
  • actualité du contenu
  • volume du contenu
  • notoriété en ligne
  • trafic généré

J'aime représenter le patrimoine web d'une entreprise sous la forme d'une galaxie.

Via [FlickR]

Je m'attache à donner du sens à l'ensemble en utilisant des codes iconographiques :

  • Des étoiles grosses ou petites (en fonction du nombre de pages produites)
  • Des étoiles proches ou lointaines (en fonction du nombre de clics qui les relient)
  • Des étoiles plus ou moins brillantes (en fonction de leur popularité ou de leur trafic)
  • Des planètes qui se raccrochent aux étoiles
  • Des satellites qui se raccrochent aux planètes
  • Etc.

Le problème de l'ampleur du patrimoine internet des entreprises ne fait que s'accentuer, étant donné que le Web reste un média appelé à durer. On crée des couches. On rajoute des news, des documents. Mais qui gère le suivi ? Qui nettoie ?

D'autant que la réalité démontre que ce n'est pas la quantité, mais la qualité, qui impressionnera le chaland.

Entreprises, il est temps de rentrer dans la culture de la sélectivité éditoriale. Il est temps d'aborder vos contenus sous l'angle de l'intégration et de la consolidation, et non celui de la simple juxtaposition. Il est temps de raisonner archivage et dépublication. Il est temps de désigner en votre sein, non pas des webmasters techniques, mais des managers de l'information.

La clé d'entrée, pour démarrer ce travail, reste souvent le relevé des noms de domaine.

Et vous, vous avez combien de sites de combien de pages ?...

Ne me répondez pas, Madame, Monsieur le Directeur... je veux juste vous mettre mal à l'aise ;-)

Débat autour de la rédaction web

Bon, l'été est déjà presque derrière nous, il est temps de reprendre ce blog en main, non ?

Alors, une info dans le domaine de l'écriture web : l'association e-criture vient de lancer un forum intitulé "Le grand débat autour de la rédaction web".

Ce que je trouve fort intéressant, c'est que la discussion est canalisée autour d'un objectif bien annoncé : recueillir des témoignages et des idées à propos de tout ce qui freine les clients lorsqu'on leur propose de passer par un rédacteur web professionnel.

Les messages ne sont pas encore très nombreux, mais intéressants. Notamment une discussion autour de la question de la facturation : "La profession a-t-elle intérêt à normaliser les tarifs ?" ou "Est-il normal de facturer à la tête du client ?".

A ce propos, j'avais écris ceci, il y a quelques années : "Arrêtez de facturer vos textes au kilo!"

Allez donc nourrir le débat si cela vous tente.

Signer avec un nom de marque, est-ce que c'est du spam ?

Catégories : Cybermarketing - Réflexions

Dans la série des commentaires qui ont éveillé mon attention, il y a celui-ci, au bas d'un billet sur les tests "eye-tracking" :

Le commentaire semble parfaitement pertinent. Il est totalement en phase avec le contenu de mon billet. Cependant, le nom du visiteur ("rencontre") est interpelant par son caractère générique. De fait, il mène vers un site de rencontre.

En ce qui concerne le contenu du commentaire, on ne peut pas parler de spam (NDLR: spam = courrier publicitaire non sollicité), puisque les propos prennent tout leur sens par rapport au sujet du billet.

En revanche, la signature n'est pas de celles qu'on attend. Elle est générique et pointe vers un site de service (certes gratuit, mais affichant de la publicité). Ce qui est une manière plutôt insidieuse d'introduire une marque dans des espaces de discussion plus ou moins fréquentés (plutôt plus que moins pour justifier l'énergie que demande la production d'un commentaire pertinent).

A moins que la personne en question ne s'identifie totalement à son projet. Ce que je peux accepter. Mais, dans ce cas, je proposerais une signature du genre "Webmaster du site X ou Y". L'effet serait plus clair et la suspicion, diminuée.

Peut-être que la personne qui a déposé ce commentaire pourra d'ailleurs elle-même nous guider ?