Les internautes lisent très peu mot à mot

Et voilà une étude de plus qui vient confirmer cette réalité avancée depuis plusieurs années par les ergonomes du Web : les utilisateurs d'Internet lisent très peu mot à mot.

Jakob Nielsen l'affirme depuis longtemps. Il n'est pas le seul. Des scientifiques hongrois indiquaient, en 2005, que les internautes ne lisent, en moyenne, que 7% de l'information disponible sur la page d'accueil d'un portail.

Et voilà que dans son dernier billet, intitulé How Little Do Users Read?, Jakob Nielsen fait référence à une étude académique récente qui a observé le temps que passent les internautes à parcourir des pages web. En croisant mathématiquement certaines données : taille des pages, temps de lecture et vitesse de lecture, Jakob Nielsen conclut que les internautes ne lisent mot à mot, en moyenne, que près de 20% de l'information disponible.

Une séance eye-tracking qui confirme les grandes théories

J'ai assisté récemment à une séance de test de suivi du regard (eye-tracking) portant sur l'intranet d'une grande entreprise.

Pour des raisons de confidentialité, je ne peux vous dévoiler ni les prises d'écran ni les détails de ce test. Mais je tenais à exprimer avec quelle clarté les observations que nous avons pu faire confirment les grandes théories comportementales du Web :

1. Le "banner blindness" (traduisez : aveuglement face aux bannières) est une réalité. Les utilisateurs ignorent très largement le bandeau supérieur, sauf si ce dernier contient une fonctionnalité comme un moteur de recherche par mot clé.

2. La prédominance des gros titres. C'est eux qui récoltent prioritairement l'attention. Et de loin.

3. L'importance des premiers mots. Les utilisateurs ne lisent pas tout. Ils se contentent d'agripper les premiers mots.

4. Le fonctionnement de l'oeil par bonds rapides, parfois imprévisibles, avec des durées de fixation variables.

5. La prédominance du texte par rapport aux photographies. Du moins dans le contexte d'une recherche d'information (ce qui correspondait à notre scénario).

La plupart de nos observations auraient pu être réalisées avec un simple test utilisateur (observation et verbalisation), mais l'oculométrie nous offre un confort et un rendu très appréciables.

Pour en savoir plus sur le sujet, lisez cet article de redaction.be.

Les tests de suivi du regard : plus spectaculaires qu'utiles ?

Les études de suivi du regard (eye-tracking) vous en mettent plein la vue, si je peux me permettre ce très mauvais jeu de mot. D'une précision séduisante, elles apparaissent très attractives aux yeux de certains (gros) clients.

Cependant, l'utilité concrète de ces études est régulièrement remise en question. Surtout compte tenu de leur prix : il est difficile de trouver une offre inférieure à 12.000 euros sur le marché belge. Certaines sociétés facturent plus de 25.000 euros un test de quelques minutes effectué auprès d'une quinzaine de participants, là où un test classique vous coûterait peut-être 4.000 euros.

Finalement, la plupart du temps, ce qui compte, c'est ce que les utilisateurs font et pensent, bien plus que ce qu'ils regardent.

Tel a été mon sentiment jusqu'ici. Cependant, je dois bien avouer que, dans certains cas, les tests de suivi du regard peuvent se justifier.

Quelques exemples :

  1. Pour observer les comportements à une large échelle (comme les études de Poynter).
  2. Pour nous aider à positionner certains éléments (on demande aux utilisateurs de trouver le moteur de recherche, par exemple, et on enregistre les zones de l'écran où la plupart plongent instinctivement).
  3. Pour identifier les éléments qui ne sont pas vus (bannières, fonctionnalités,...).

La question que je me pose aujourd'hui (et que je vous pose, par la même occasion), est la suivante :

Dans quels cas, l'étude de suivi du regard apporte-elle une réelle valeur ajoutée par rapport à un test utilisateur standard qui n'enregistrait que les comportements de souris et les commentaires, mais pas le parcours de l'oeil ?

A quoi ressemble votre chromogramme ?

Le chromogramme est une visualisation du comportement utilisateur par la couleur.

Récemment, IBM vient de mener une étude sur l'utilisation de Wikipedia, qui fait appel à cette technique.

La teinte, la saturation et la brillance des motifs dépend de paramètres liés au contenu des pages visitées.

A travers ce type d'analyse, on voit tout de suite si un utilisateur est "monomaniaque" (s'intéresse à un sujet tout particulièrement) ou, au contraire, dispersé dans ses recherches.

Je me plais à imaginer cette application au service des sites web que je gère. Une manière, par exemple, de visualiser la perméabilité entre la lecture des articles de fond et la consultation des informations commerciales.

Un peu académique, certes, mais amusant.

Comment les internautes balayent les résultats de recherche

Pour les friands de statistiques sur le comportement utilisateur : un beau petit résumé d'une étude de suivi du regard portant sur la consultation des résultats dans les moteurs de recherche. A lire sur le Journal du Net, en cinq à dix minutes, dans un format agréable.

Pas de grande découverte, mais des chiffres parlants qui confirment, une fois de plus, l'importance de se positionner bien haut dans les pages de résultat.

Dans ce dossier, "Eye-tracking study" a été traduit de manière peu élégante : "analyse du tracking des yeux"... de quoi faire bondir nos amis québécois ;-)

Pour rappel, le terme exact est "oculométrie", mais peut aisément être remplacé par "étude de suivi du regard".

Sur cette parenthèse linguistique, je vous délaisse une semaine pour profiter un peu de l'air de la montagne.

Ces internautes qui frappent à la mauvaise porte

Monsieur ,vous serait-il possible de me faire savoir ou je pourrais me renseigné,afin de connaitre les sites des magasin lidl dans le sud de la France et plus particulierement aux environs de port Grimeaud ou de Gocolin ?

... Sans doute m'adresse-t-on ce message parce que je parle de Lidl ici.

Bonsoir ;Je suis très mécontente de votre site aufemin.com car sur politique nationale ce n' est pas vivable il faudrait le fermer car franchement pas bel exemple à mes yeux , la haine en France se crie sur ce forum le racisme prend le pas vraiment suis écoeuré

... L'amalgame vient d'ici, plus que probablement.

Ou puis je trouver une manière de demander un abonnement à Soir Magazine ? Merci pour une prompte réponse. Je dois abonner ma mère de 95 ans le plus rapidement possible.

... La personne qui m'envoie ce message a dû faire un raccourci à partir de cette page-ci.

Des messages de ce type, mal adressés, je pourrais vous en fournir une centaine. J'en reçois pratiquement chaque semaine.

Moralité ?

Une partie des utilisateurs d'Internet sont peu à même de jongler avec la complexité du Web.
Analyser le nom de domaine, faire un détour par la rubrique "Qui sommes-nous", évaluer la teneur d'une information en fonction de la nature de l'éditeur... sont des réflexes d'utilisateurs avertis. Tous n'ont pas cette lucidité face au média.

Raison de plus pour renforcer la simplicité des sites web grand public.

Une étude menée par ClickTale, fin 2006, nous apporte des données fort intéressantes sur le comportement de "scrolling". Traduisez : l'utilisation de l'ascenseur vertical dans les pages web.

Les enseignements clés sont :

  • 91% des pages contiennent un ascenseur.
  • 76% des pages avec ascenseur sont partiellement explorées.
  • 22% des pages avec ascenseur sont explorées de bout en bout.

Ces chiffres sont basés sur un échantillon plus que respectable : 120.000 pages vues.

Le graphique qui a le plus attiré mon attention représente le taux d'utilisateurs qui scrollent jusqu'au bout, en fonction de la longueur des pages. Ce graphique démontre que les internautes scrollent totalement indépendamment de la longueur des pages. Une page web de 10.000 pixels (l'équivalent d'une vingtaine d'écrans) aurait autant de chances d'être parcourue qu'une page web de 1.500 pixels (soit trois écrans en moyenne).

Un écran, c'est grand comment ?

Le pli de la page (que les anglophones appellent "the fold") ne se fait pas au même endroit chez tout le monde. Les internautes ne voient pas tous la même chose. Selon la résolution d'écran, le navigateur utilisé et les barres de tâches activées, la quantité de contenu affiché reste variable. Ce graphique montre trois pics, respectivement autour de 430, 600 et 860 pixels. Ils correspondent aux trois résolutions d'écran actuellement les plus populaires : 800×600, 1024×768 et 1280×1024.

Conclusion

Ces données renforcent certaines vérités que nous exprimons depuis 2001 sur redaction.be et à travers nos formations :

  1. Une page web ne doit pas systématiquement tenir dans un écran.
  2. Les informations les plus importantes (sommaire, résumé) doivent se situer en haut de page (parmi les 500 premiers pixels de hauteur).
  3. L'habillage visuel de la page (insertion d'intertitres, de citations, de graphiques,...) est crucial pour inciter les utilisateurs à dérouler la page dans toute sa longueur.

Bien sûr, scroller n'est pas lire. Lire n'est pas comprendre. Et comprendre n'est pas retenir.

Je ferais également la différence entre une page d'accueil (qu'on aime parfois voir tenir en un écran) et une page de contenu profond.

Tous ces points sont discutés en profondeur et à travers des exercices lors de mes formations à la rédaction de pages web.


Note : C'est ce billet de Sébastien Billard qui a éveillé mon attention.