La pieuvre informatique, et autres lectures

Catégories : A lire - Ecrire pour le web

L’été rime avec les lectures, en ce qui me concerne. Entre quelques romans doux ou sauvages, je rattrape mon retard dans mes lectures professionnelles.

J’ai été ainsi happé par La pieuvre informatique de Dominique Annet. « Se révèle-t-elle être ce terrible Kraken des légendes scandinaves médiévales, ou s’apparente-t-elle à un animal amical qui joue avec les surfeurs ? », annonce l’auteur dans un style coloré qui appartient à elle seule.

L’ouvrage conjugue les enjeux de l’informatique au passé, au présent et au futur. Il ne s’agit pas d’un « How to », mais bien d’une réflexion sur l’emprise de l’informatique sur la vie des individus, des entreprises, des Etats. Vaste vision. Jolie prise de recul. L’informatique et Internet n’y sont pas confondus mais étroitement associés. Facebook et George Orwell, Google et Le meilleur des mondes se rencontrent dans ce livre, qui ne dédaigne pas un détour par la littérature de fiction, parfois plus visionnaire que les prédictions d’experts.

A mes yeux, le message fort de l’ouvrage reste de rappeler que « l’informatique et ses réseaux doivent rester des esclaves dociles et discrets, efficients et tranquilles ». A l’heure où les responsables IT contrôlent encore souvent l’essentiel de la stratégie web d’une entreprise, laissant parfois dans l’ombre ou dans le flou les enjeux sous-jacents de communication, de gestion et de marketing, Dominique Annet nous rappelle que l’informatique reste un simple outil qu’il nous appartient d’asservir à nos besoins fonctionnels de collaboration, d’automatisme, de production et de communication.

Un peu plus tôt, cet été, j’ai lu avec intérêt Ecrire et manager sa communication web, dont je vous avais déjà annoncé la sortie. Le titre m’interpellait, tant j’attends (ou projette, selon ma proactivité du moment) un livre qui dépasserait les techniques d’écriture web pour s’intéresser, de manière plus large, à la gestion de contenu. L’idée d’un ouvrage collectif (c’est le cas ici) m’apparaissait également intéressante. Marina Aubert continue de rassembler les énergies de professionnels qui, autrement, travailleraient de manière trop dispersée. Cet ouvrage est un kaléidoscope. Il en a les qualités, mais aussi quelques faiblesses. Car la franchise m’oblige à avouer que je reste un peu sur ma faim. Bien que chaque co-auteur, pris individuellement, soit compétent et passionné en son domaine, j’échoue à trouver un réel liant à l’ouvrage, une structure digne de ce nom. Au-delà de morceaux choisis très intéressants (communication e-mail, outils collaboratifs,...), le patchwork m’apparaît un peu hétéroclite et, par endroit, déséquilibré dans le ton et dans la taille (à l’image de ce long développement de la « méthode des mondes », au beau milieu du bouquin, conduisant à de fréquents aller-retour vers les annexes). Donc, je dirais : bravo pour l’initiative rassemblant le savoir-faire de confrères aux spécialités très complémentaires, mais l’effort de synthèse peut, à mon avis, être poussé plus loin. Sans doute suis-je (trop ?) perfectionniste dans un domaine que j’étudie et pratique depuis longtemps.

Le prochain livre sur ma liste sera sans aucun doute « Bien rédiger pour le web et améliorer son référencement naturel », écrit par Isabelle Canivet et préfacé par Sébastien Billard. L’avez-vous lu déjà ? Qu’en pensez-vous ?

Architecture d'information : 10 erreurs fréquentes

Depuis 1995, l'ergonome du web, Jakob Nielsen, nous habitue à ses "top 10" d'erreurs les plus fréquentes en matière de conception de sites web.

En mai dernier, il a consacré un article aux erreurs dans le domaine de l'architecture d'information : Top-10 Information Architecture Mistakes.

En tant que passionné d'architecture d'information, je me permets de rebondir, traduire, commenter et critiquer un peu l'article en question.

Voici les 10 erreurs épinglées par Jakob Nielsen :

1. No structure
Absence de structure. Les éléments sont entassés, les uns après les autres, sans relations logiques ou thématiques. Certes, le moteur de recherche peu permettre de trouver quelques aiguilles dans la botte de foin, mais ce type de site web n'encourage pas l'exploration thématique.
Durant mes formations, j'aborde différentes clés d'entrée logiques, qui aident à structurer les contenus.

2. Search and structure not integrated
Manque d'intégration entre le moteur de recherche et la structure de navigation du site web. Les résultats d'une recherche devraient être localisés dans le site web. Plutôt que d'être présentés comme des contenus isolés, ils devraient être accompagnés d'un sentier de navigation, permettant de se situer dans une structure logique et de remonter ou de descendre à la périphérie des résultats.

3. Missing category landing pages
Certains sites web plongent tout de suite leurs utilisateurs dans un certain degré de détail, sans passer par une page générique, descriptive de l'ensemble de la catégorie (par exemple, une page consacrée à la "Mercedes Vito", mais aucune page générale concernant les "véhicules utilitaires"). L'intérêt des pages génériques est double : elles offrent une vue d'ensemble aux utilisateurs ; elles constituent une réponse appropriée à certaines recherches par mots clés.

4. Extreme polyhierarchy
L'intérêt du Web, à la différence du monde physique, c'est qu'il permet de démultiplier les logiques d'accès aux produits. Dans une bibliothèque classique, les livres seront rangés selon l'ordre alphabétique des auteurs, par exemple. Sur le web, les utilisateurs pourront combiner de multiples clés d'entrée : auteur, thème, format, date de parution,... voire même des critères participatifs tels que "les livres les plus téléchargés", etc. Le problème est que certains sites poussent trop loin cette approche multicritères. Résultat : des sites web complexes, encombrés de critères pas toujours indispensables. La solution reste parfois de distinguer une recherche simple et une recherche avancée, cette dernière restant optionnelle.

5. Subsites/Microsites Poorly Integrated with Main Site
Les entreprises se dispersent. De nombreux sous-sites se perdent à travers une faible marque d'identité graphique et des liens insuffisants vers la société mère. J'avais décrit ce phénomène récemment, invitant les entreprises à une gestion mieux intégrée.

6. Invisible Navigation Options
La situation la plus dramatique reste l'absence de système de navigation, mais elle est devenue rarissime parmi les sites web professionnels. Ce qui est plus fréquent, en revanche, c'est la difficulté d'identifier les éléments de navigation, pour des raisons d'ergonomie (position, contraste, format,...).

7. Uncontrollable Navigation Elements
Certains éléments de navigation sont visibles mais difficiles à contrôler. Jakob Nielsen insiste ici sur la frustration fréquemment exprimée par les utilisateurs qui se retrouvent face à des interfaces saisissantes, avec des zones en mouvement ou qui réagissent un peu sauvagement au passage de la souris. Les systèmes de navigation stables et statiques sont davantage appréciés.

8. Inconsistent Navigation
Certains sites changent leur mécanisme de navigation d'une page à l'autre ou d'une section à l'autre. Or, il est préférable d'habituer les utilisateurs à un seul et même système : les fonctionnalités de navigation devraient apparaître toujours dans le même ordre, au même endroit, formatées et libellées à l'identique.

9. Too Many Navigation Techniques
Il existe des dizaines de système de navigation, chacun ayant ses propres avantages et inconvénients. Il ne sert à rien de démultiplier les outils à l'infini, sous peine de rendre le site web surchargé de fonctionnalités. Pas nécessaire de proposer un plan de site, un index, un moteur de recherche, des FAQ et un glossaire sur le moindre petit site.

10. Made-Up Menu Options
Vous éviterez les noms de rubriques surfaits : termes à la mode (mais pas compris par tous), termes techniques, effets de style,... Les mots anciens, classiques, issus du langage naturel, obtiennent de meilleurs résultats dans les tests d'ergonomie.

Personnellement, ce top 10 a fortement éveillé mon intérêt, mais j'ai été légèrement déçu par son contenu. Je le trouve trop orienté vers les problématiques d'ergonomie classique (en particulier, les lacunes du système de navigation), et pas assez consistant en ce qui concerne les questions d'architecture proprement dites.

Quid de la densité d'information ? Quid des métadonnées ? Quid de la profondeur du site web ? Quid des flux d'actualisation et d'archivage ? Quid des architectures trop centrées sur l'entreprise, et pas suffisamment sur le client ? Quid des contenus personnalisés ?

... de nombreuses questions clés liées aux architectures de contenu me semblent passées sous silence.

Qu'est-ce que vous ajouteriez, vous, au "top 10" des maladresses en termes d'architecture de contenu ?

J'en profite pour vous annoncer mes prochaines dates de formations inter-entreprises :

Un code javascript pour tracer le comportement de vos visiteurs

Reprise en main de ce blog suite aux grandes vacances qui font du bien...

Connaissez-vous Clixpy ?

Traduisez "Clicks Spy"... Il s'agit d'un service d'espionnage du comportement des utilisateurs de votre site web.

Concrètement (et très aisément), il vous faut insérer un petit bout de Javascript dans le haut du code de vos pages web. Les déplacements de souris, les clics, le scroll et les entrées clavier opérés par vos visiteurs seront dès lors tracés, en temps réel. Le site Clixpy vous permet de visionner, après coup, chaque visite individuelle.

Un test gratuit est possible (10 enregistrements disponibles). Autrement, le service est payant.

J'ai testé...

Il me semble que ce service présente un intérêt particulier, non pas pour les pages à contenu littéraire, mais davantage pour les pages de conversion, les formulaires et autres applications à dimension interactive.

Pour un service payant, il manque encore quelques fonctionnalités à notre goût, comme la possibilité de créer des nuages de survols et de clics, réalisés à partir de la combinaison de plusieurs visites sur une page. Pour l'instant, seuls les comportements individuels sont enregistrés.

Avez-vous testé ce service, chers lecteurs professionnels du web ? Et qu'en pensez-vous ?

P.S. Merci à Matthieu pour l'info.