Analyse d'un dérapage verbal
Publié par Jean-Marc Hardy le 29 août 2006 | Ecrire pour le web | #16 | rss
Certains d'entre vous ont peut-être suivi le débat animé que mon billet sur l'Afrique a provoqué.
A présent que le calme est revenu et que les malentendus ont été dissipés, je me permets de revenir sur cet épisode pour en analyser les ingrédients du point de vue de la communication.
Le contexte culturel
Sur Internet, nous touchons un public très large.
Comme en témoigne la carte ci-dessous, en nous exprimant en Français, nous touchons :
- La France
- Le Québec
- La Belgique
- La Suisse
- Plusieurs pays du Nord et du centre de l'Afrique
- Les expatriés aux quatre coins du monde (j'ignorais jusqu'alors que j'avais de l'audience en Suède ;-)

Répartition géographique de l'audience de 60questions.net.
Source : Google Analytics ®
Le B à Ba de la communication, c'est de tenir compte de son interlocuteur. Comme l'illustre le graphique ci-dessous (un grand classique présenté aux étudiants en communication), tout message est réinterprété par le récepteur. Si le champ d'expérience de l'émetteur diffère radicalement de celui du récepteur, le message pourra prendre un tout autre sens que celui que lui attribue l'émetteur.

"Lire, c'est reconstituer", comme le rappelle Katsoura sur Tutoweb.com.
Mon raccourci de langage sur l'équipe de France en a fait les frais. J'ignorais, à ma grande honte, que cette même expression avait été utilisée par un triste personnage de la droite extrême, dans un sens tout à fait différent, et fait l'objet de nombreux commentaires dans la presse française, quelques jours plus tôt.
Le pouvoir émotionnel des blogs
Il n'a pas fallu attendre longtemps pour me faire incendier.
Les blogs constituent, en effet, un vivier agité où les opinions fusent à la vitesse de l'émotion qui les portent.
Des opinions qui peuvent prendre une forme virale et se répandre à une vitesse folle. Dieu merci, j'ai pu m'expliquer avant de subir le lynchage médiatique.
Dans un dialogue réel, le langage non verbal est d'une importance cruciale. Les propos mal compris peuvent rapidement être reprécisés. Un froncement de sourcil suffit à communiquer le doute. Sur Internet, les mots sont là, laissés à eux-mêmes, sans tonalité autre que les éventuels smileys. La dispersion de l'audience, combinée à cette absence de langage non verbal, augmente considérablement le risque de mauvaise interprétation.
Internet Actu souligne que, selon une étude intitulée "When what you type isn’t what they read", publiée par le Journal of Personality and Social Psychology, nous aurions moins de 50 % de chance de mesurer correctement le ton d’un message, alors que les utilisateurs pensent qu’ils les interprètent correctement. Et nous ne nous en rendons pas compte, pas plus que l’émetteur du message qui pense en général avoir été clair.
Désamorçage
La chose la plus positive, à mes yeux, dans cette affaire, est la manière dont la violence initiale a été désamorcée.
En quelques échanges, l'agressivité initiale (compréhensible aux yeux du contexte) s'est complètement dissipée au profit d'une mise au point constructive. Je m'en félicite et j'en félicite mon interlocuteur, car il faut être deux personnes de bonne volonté pour parvenir à désamorcer une violence qui, naturellement, tend plutôt à l'escalade. J'en ferai d'ailleurs un prochain billet sur "la communication non violente appliquée aux blogs", ou "comment faire (ou répondre à) une critique sur un blog".
Vos réactions ou expériences personnelles sont, cependant, d'ores et déjà les bienvenues.

Commentaires
1. Le 31 août 2006 à 22:22, par MiKE
2. Le 12 septembre 2006 à 18:30, par coumarine
3. Le 05 octobre 2006 à 12:05, par aimzon
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